Anita chapitre 1 (2/5) : Eve

Publié le par cry

introduction

première partie du chapitre 1

Noël se réveilla vers 9 heures. Il n' avait bizarrement pas envie de faire une grasse matinée, perturbé qu' il était par le rêve de la veille. Pourquoi avait-il fallu qu' il rêve de sa mère cette nuit? Surtout en face d' une délicieuse demoiselle. Comment le discours d' Anita avait-il pu avoir une telle influence? Il se mordit les lèvres et se leva de son lit. Il se faufila à travers un chemin dans sa chambre aussi rangée qu' un souk, et se débarbouilla le visage dans la salle de bains.

La fierté de Noël avait pris un sacré coup. On lui avait souvent reproché, étant petit, sa réaction face à la disparition de sa mère, et sa honte vis à vis de cela s' était petit à petit transformée en fierté; Il était devenu celui qui n' avait plus de maman et qui s' en sortait très bien, que ce soit au niveau des études, de la sociabilité ou du sport. Il était un véritable modèle pour Charlie ainsi que pour sa petite soeur Julie. Cependant, depuis qu'il n' avait plus de mère, il avait pris un coté lunatique et fou. Son esprit était toujours ailleurs, ce qui lui entraînait bon nombre de quiproquos et situations tarabiscotées lors de discussions.

Les grandes vacances, c' était bien pour pouvoir traîner dans son lit et profiter du soleil mais cela devenait pénible quand il s' agissait de trouver quelque chose à faire. Même après avoir pris tout son temps sous la douche et avoir ramassé les feuilles et pochettes de cd qui trainaient dans la chambre, il n' était que 10 heures. C' est à ce moment qu' une personne que Noël ne souhaitait pas voir entra.

Il s' agissait de Eve, sa belle-mère, toujours coquette à l' extrême, et tout sourire, avec ses cheveux aussi courts qu' un garçon et teints en blond, un maquillage rose orange parfait qui allait très bien avec son visage rond et sa peau noisette. En voyant son tailleur rose, Noël s' attendit à ce qu' elle lui annonce une nouvelle.

  • « Bonnnjour! Tu te lèves tôt aujourd'hui dis donc, qu'est ce qui se passe?

  • Et qu'est ce qui te met d' aussi bonne humeur? »

Eve ne répondit pas et entra dans la chambre, puis s' assit sur la chaise du bureau de Noël en croisant ses jambes.

  • « Tu as grandi..

  • Pardon?

  • Regarde, ton pantalon est pratiquement trop petit. Et ce tee-shirt? A ton âge, tu pourrai mieux choisir tes vêtements, quand même.

  • Ou est-ce que tu veux en venir?, dit Noël en haussant la voix.

  • On va aller changer tout ca, tiens! »

Eve sortit de la chambre en sautillant. Jessica, la soeur aînée, avait observé la scène du couloir.

  • « Tentative d' approche, tentative d' approche belle-mère – beau-fils... qu' est ce que tu vas faire?

  • Elle cherche un tas de méthodes pour me mettre de son coté, et elle me colle comme si j' avais encore besoin qu' on change ma couche....

  • Elle ne va pas te bouffer non plus.. j' aimerais bien être à ta place, j' ai plus besoin de fringues que toi.. Tu l' envoie toujours bouler et elle s occuppe de toi deux fois plus que moi, c' est dégeulasse!

  • Qu' est ce que tu veux que j' y fasse... »

Noël râla et se prépara à sortir. Il savait très bien pourquoi Eve agissait ainsi envers lui, mais il ne pouvait s' empêcher de la detester malgré tous ses efforts. Elle avait le don de faire ressurgir l' enfant capricieux qui était en lui, et elle voulait sans cesse intervenir dans une vie dans laquelle il lui était impossible de faire une place.
Monsieur Landry restait quelque peu passif face à ce problème épineux; il se contentait de réprimander son fils, sans grande conviction, et de retourner à ses occupations. Ce qui énervait encore plus Noël, qui avait le sentiment d' être de plus en plus incompris et négligé.

Eve avait, une fois de plus, mis le paquet. Elle avait bien l' intention, selon Noël, d' acheter l' âme de son beau fils par le moyen le plus sûr qu' il soit: l' argent.

  • « Un jeune garçon de ton âge doît faire très attention à ton apparence, tu le sais?, dit Eve avec enthousiasme en présentant à Noël une veste bleu fonçé.

Eve avait décidé d' emmener son beau fils dans une des boutiques huppées où elle avait l' habitude de se fournir en ensembles de premier choix. Elle y avait déjà emmené Noël plusieurs fois, et à chaque fois le même scénario se répétait.

  • Tu sais, je ne risque pas d' aller à un entretien d' embauche, j' ai 15 ans...

  • Il y a le mariage de Catherine en octobre. Et ca peut être toujours utile! »

C' était inutile d' essayer d' argumenter. Noël se laissa servir de cobaye et pensa que son père avait de la chance d' avoir un fils pour participer aux tâches ennuyeuses comme le shopping à sa place.

  • « Qu' il est mignon! , dit l' une des vendeuses, amie d' Eve.

  • J' ai hâte de le voir quand il aura 20 ans! Tu as de la chance d' avoir un beau fils pareil, tu sais!

  • Hihi...

  • Fais lui essayer ca, dit une deuxième vendeuse.

Il n' y avait jamais beaucoup de clients dans cette boutique. Vu les prix pratiqués, il était fort probable qu' une seule vente par jour suffisait à la faire tourner.
Noël commençait à en avoir marre de voir les potiches déambuler et piailler autour de lui, quand il aperçut au loin une silhouette familière. Une fille assez petite, mince avec des cheveux blonds fins et courts, et habillé de façon très simple, avec une petite robe d' été beige.

  • « Noël? Qu' est-ce qu' il y a ? fit Eve, intriguée.

  • C' est la soeur de Sébastien, dit Noël d' une voix calme.

Eve fixa alors la jeune fille qui les examina à son tour.

Cela faisait bien six mois qu' ils ne s' étaient vus. Leurs familles respectives avaient appris à se connaître après le drame qui s' était déroulé il y a un an, mais, comme souvent dans ce genre de relation, une ambiance froide subsistait entre eux. Lucie devait avoir maintenant 14 ans. La première chose qui étonnait Noël, était que en dépit du fait qu' elle avait grandi, était qu' elle était d' une minceur excessive, et qu' elle leur soutenait un regard qui n' était pas de son âge. Elle semblait sonder les gens d' un clin d' oeil, et exprimer une confiance en elle à la limite de l' agaçement.

Son impression fut confirmée lorsqu' il constata qu' elle les toisaient. Elle s' avança vers eux avec une démarche determinée.

  • «  Bonjour, Madame Landry, fit-elle d' une voix douce. Bonjour, Noël. Toujours aussi chic à ce que je vois.

  • Salut. Tu as grandi... maigri aussi..., répondit Noël.

  • Hé oui, les temps changent, les gens aussi! (Noël lut un ton ironique dans sa phrase.) D' autres ne changent pas... Que deviens-tu? »

Elle se posa sur une chaise plaçée à cotée de la cabine d' essayage, et prit une pose décontractée. Un air rieur et désagréable se dessina sur son visage. Eve eût tout à coup l' impression qu' elle n' existait plus dans cette conversation.

  • « Je vais passer en seconde, je pars en vacances dans une semaine, voilà à peu près...

  • Je t' ai vu dans la rue avec une fille avec des couettes il y a quelques jours, c' est qui? »

Eve tendit l' oreille.

  • « Ah, euh, Lulu, euh, Ludivine tu veux dire? Eh ben, c' est, euh, c' est ma petite amie, c' est ca. »

Eve écarquilla ses yeux.

  • « Ah bon, fit Lucie en fronçant un sourcil. Parce qu' une fois, je t' ai vue avec une grande brune, je pensais que c' était elle ta copine?

  • Eh ben, en fait, c' est une ancienne... Ca n' a pas duré longtemps... »

Eve ouvrit grand sa bouche. Lucie se mit à rire.

  • « Bah dis donc, tu vas faire une vraie collection si ca continue! Et Anita, elle était en quelle position dans ta liste? »

Noël sentit la colère monter en lui d' un coup. Lucie avait gardé son goût pour les remarques pénibles destinées à son entourage.

  • « Ce n' est pas une de mes ex, répondit calmement Noël. On est toujours camarades de classe et c' est très bien ainsi.

  • Ah bon... Faut dire, c' est vrai que, s' il y avait un concours de miss Noël, elle n' entrerait pas dans tes critères de sélection...

  • « Mes » critères comme tu dis, indiquent juste que je n' ai pas pour hobby de sortir avec mes amies.

  • Barf allez, tu peux être franc avec moi quand même. Après tout tu es bien le fils de Monsieur Landry, lui aussi il a ses critères, qu' il assume!

  • Qu' est ce que tu veux dire par là?

  • Eh bien, qu' il aime les femmes!

  • Tout comme ton oncle, qui aime aussi parler plus qu' il n' en faut, dit Eve en haussant la voix. Il vient souvent me parler au bureau d' ailleurs, sans succès.

Noël sentit toute la tension qui émanait d' Eve. Lucie avait abordé un sujet qu' elle n' aurait pas dû, et finirait par le payer.

  • « Je lui demanderai. Bon, c' est pas que je m' ennuie, mais j' ai des choses à faire de mon coté. Je vais vous laisser!En esperant vous revoir...Noël, dis un immense bonjour à Anita de ma part.

Lucie se leva en sautillant et sortit de la boutique en faisant un immense sourire à Eve et Noël.

  • « Je suis sûr que ca lui ferai plaisir, répondit Noël sur le même ton.

  • Au moins on se comprend sur ce point! A Plus. »

Eve s' assit sur la chaise où se trouvait Lucie au préalable, l' air fatigué par l' enervement.

  • « S' il n' était pas arrivé ce qui est arrivé, dit Eve, je lui aurai foutu une bonne raclée en public. J' ai horreur des petites merdeuses dans son genre...Noël?

  • En tout cas, elle n' entrerait, pas, mais alors pas du tout dans mes critères.

  • Pardon?

  • Eh bien, elle est vraiment trop chiante et maigre.

  • Tu penses encore à ca... tu sais qu' elle vient d' insinuer que ton père me trompe?

  • Ca ne risque pas, ca.

  • Pourquoi donc?

  • Eh bien, quand j' avais huit ou neuf ans, je ne sais plus trop, on est allé en week end en Picardie, Papa est resté à la maison, et en revenant, ma mère a trouvé des cheveux fins et clairs dans sa brosse, alors que les siens sont très ondulés. Je peux t' imaginer que mon père a bien cru qu' il allait mourir et tout perdre. Je ne pense pas qu' il ai envie de recommencer.

  • Tu veux dire qu' il a déjà trompé ta mère? Et c' est censé me rassurer, ca?

  • Désolé...Mais comme je te dis, il est pas du genre discret et il le sait, donc il ne recommencera pas.

  • Ah non, pas de désolé, Noël! Tu m' as mis un cafard pas possible, encore plus que cette chieuse là! On sort d' ici, j' aime pas cette ambiance.

Eve était visiblement trèssss fâchée. Noël jugea qu' il avait quand même été trop loin, même si après tout , il n' avait fait que dire la vérité.
Les vendeuses étaient consternées. Eve était partie sans faire aucun achat, et les avaient congédiées de façon mémorable. Il était fort probable que dans quelques semaines, des ragots ultra nocifs à son sujet risquaient de fuser jusqu' à son plus proche voisinage.



Commenter cet article